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Entre l’Espagne et l’Italie, la crise de Ceuta sert les calculs électoraux de Pedro Sánchez et Giorgia Meloni

Aug 12, 2026  Twila Rosenbaum 14 views

La petite enclave de Ceuta s’est invitée dans la campagne électorale des deux principaux gouvernements d’Europe du Sud. Alors que l’Espagne et l’Italie sont confrontées aux mêmes flux migratoires, Pedro Sánchez et Giorgia Meloni utilisent la crise de Ceuta pour verrouiller leur socle électoral. Leur rencontre à Rome, en avril 2023, avait pourtant donné le ton d’une coopération affichée. «Quand l’Italie et l’Espagne sont ensemble, elles sont plus fortes», avait alors lancé le président du gouvernement espagnol, aux côtés de la première ministre italienne. Cette déclaration semble aujourd’hui appartenir à une autre époque. Sur fond de pression migratoire, l’entente a laissé la place à une concurrence politique sourde, dont Ceuta est devenue le révélateur.

Ceuta, une frontière européenne sous tension

Ceuta est l’une des deux villes autonomes espagnoles situées sur le continent africain, avec Melilla. Érigée en place forte au XVe siècle, elle est restée espagnole après le traité de Lisbonne de 1668, tandis que le Maroc en conteste toujours la souveraineté. Au fil des décennies, ces enclaves sont devenues des symboles de la présence européenne en Afrique, mais aussi une cible privilégiée pour les migrations venues de l’ouest du continent.

La frontière de Ceuta ne ressemble à aucune autre. Elle se compose de barrières successives, de grillages surmontés de fils barbelés et de dispositifs de surveillance électronique. Du côté marocain, la zone frontalière est particulièrement contrôlée. Du côté espagnol, les quartiers se pressent jusqu’au rivage. La proximité géographique est extrême : une simple nage peut suffire pour atteindre le territoire européen. Les tentatives d’entrée se répètent, notamment lors de nuits brumeuses ou de conditions météorologiques favorables.

Pour les autorités espagnoles, ces franchissements constituent un casse-tête sécuritaire et juridique. Les demandeurs d’asile ont le droit d’être enregistrés, mais les refoulements sommaires sont régulièrement dénoncés. Les forces de l’ordre doivent aussi gérer les mineurs isolés, dont la prise en charge incombe aux communautés autonomes. Ce fardeau logistique nourrit les critiques de l’opposition et alimente les discours identitaires en plein essor dans plusieurs régions du pays.

La crise de 2021, un précédent stratégique

Le point de bascule le plus spectaculaire remonte à mai 2021. Encore aujourd’hui, les images de ces migrants nageant vers Ceuta restent gravées dans les mémoires. En l’espace de quarante-huit heures, plus de huit mille personnes sont entrées dans la ville, profitant d’un relâchement inattendu des contrôles marocains. Il ne s’agissait pas d’une opération improvisée, mais d’un signal diplomatique envoyé par Rabat à Madrid. Le Maroc entendait alors faire pression sur l’Espagne au sujet du Sahara occidental et de la présence du chef du Front Polisario sur le sol espagnol.

Pedro Sánchez avait réagi en dépêchant des unités militaires et en se rendant personnellement à Ceuta. Sa déclaration avait été sans ambiguïté : «Ceuta est une ville espagnole et restera espagnole». La frontière avait été rapidement verrouillée, mais la crise avait laissé des traces dans les relations entre les deux pays. Ce n’est qu’en 2022, avec le revirement de Madrid sur le Sahara, que le Maroc et l’Espagne ont amorcé un rapprochement. Rabat a alors accepté de renforcer ses propres contrôles aux abords des enclaves, mais la réponse aux flux migratoires reste conditionnée à l’évolution des contentieux diplomatiques.

Pedro Sánchez, entre fermeté


Source:Letemps News


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