Jack Ma, ancien professeur d'anglais devenu l'un des entrepreneurs les plus célèbres de Chine, quitte la présidence d'Alibaba, le groupe qu'il a cofondé en 1999. À 54 ans, l'homme le plus riche de Chine souhaite désormais consacrer l'essentiel de son temps à la philanthropie, en particulier dans le domaine de l'éducation. Son parcours, souvent raconté comme une success story exemplaire, part d'un milieu modeste et d'un appartement de Hangzhou pour aboutir à l'une des plus grandes entreprises internet du monde.
Les faits clés
- Jack Ma a cofondé Alibaba en 1999 avec 60 000 dollars empruntés à des amis.
- Ancien professeur d'anglais, il a bâti un géant du commerce en ligne, présent dans le paiement mobile, le cloud et la logistique.
- À 54 ans, il quitte la présidence d'Alibaba pour se consacrer à l'éducation et à la philanthropie.
- Sa fortune personnelle était estimée à environ 40 milliards de dollars, ce qui en faisait la 19e fortune mondiale.
- Alibaba pesait environ 420 milliards de dollars de capitalisation boursière.
- Le groupe domine environ 60% du marché chinois du commerce électronique avec Taobao et Tmall.
- Alipay, lancé par Alibaba, a été pionnier du paiement électronique mobile en Chine.
- En 2014, l'introduction en Bourse d'Alibaba à Wall Street a atteint 25 milliards de dollars, un record historique.
Un destin parti de peu
Le récit de son ascension est devenu emblématique. Jack Ma est issu d'un milieu pauvre, avec un père qui peinait à faire vivre sa famille. Avant de devenir l'une des fortunes les plus importantes du monde, il a été professeur d'anglais à l'université. C'est après avoir découvert internet qu'il décide d'abandonner l'enseignement pour se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Il saisit alors la possibilité offerte aux entreprises d'échanger leurs biens en ligne, à une époque où le commerce électronique restait encore largement expérimental en Chine.
En 1999, il cofonde Alibaba dans un appartement de Hangzhou, avec 60 000 dollars empruntés à des amis. Le projet paraît alors ambitieux, presque irréaliste, dans un pays où les infrastructures numériques et les moyens de paiement modernes sont encore limités. Pourtant, Jack Ma croit au potentiel d'un marché intérieur immense et à la capacité d'internet de connecter les petites entreprises chinoises au reste du monde. Cette intuition fondamentale va transformer Alibaba en plateforme de commerce en ligne, puis en écosystème technologique et financier.
La vision d'un pionnier
Jack Ma comprend très vite le potentiel des smartphones. Avec Alipay, il devient l'un des pionniers du paiement électronique mobile, aujourd'hui omniprésent en Chine. Ce service, d'abord conçu pour sécuriser les transactions sur les plateformes d'Alibaba, s'est imposé comme un outil du quotidien pour des centaines de millions d'utilisateurs. Cette capacité à anticiper les usages lui vaut une réputation de visionnaire. Là où beaucoup voyaient un simple outil technique, il percevait déjà une transformation profonde des habitudes de consommation, des paiements et de l'accès aux services.
Son intuition ne s'arrête pas au commerce. Alibaba diversifie progressivement ses activités, du cloud à la logistique, en passant par les médias et les services aux entreprises. Cette stratégie s'inspire des géants de la Silicon Valley, Amazon, eBay et Google, mais elle conserve une forte coloration chinoise. Jack Ma veut bâtir un groupe mondial d'origine chinoise, capable de rivaliser avec les plateformes les plus puissantes de la planète. Cette ambition tranche avec les modèles plus conservateurs des entreprises étatiques ou manufacturières qui dominaient l'économie chinoise au début des années 2000.
Taobao, Tmall et la bataille du marché chinois
Avec ses plateformes Taobao et Tmall, Alibaba domine aujourd'hui environ 60% du marché chinois du commerce électronique. Taobao a joué un rôle décisif dans cette conquête. En 2006, son décollage oblige eBay à se retirer du marché chinois, laissant la voie libre à son rival. Jack Ma résume alors cette confrontation par une formule restée célèbre : « eBay a beau être un requin dans l'océan, nous sommes un crocodile dans le Yangtsé. Si nous nous affrontons dans l'océan, nous perdrons. Si c'est dans le fleuve, nous vaincrons. » Il vante ainsi son ancrage local et sa connaissance des habitudes des consommateurs chinois.
Cette victoire face à un acteur international est l'un des tournants de l'histoire d'Alibaba. Elle montre que le marché chinois ne se conquiert pas seulement avec de la puissance financière, mais aussi avec une adaptation fine aux usages locaux, aux moyens de paiement, à la logistique et aux attentes des vendeurs comme des acheteurs. Jack Ma transforme cette compréhension du terrain en avantage concurrentiel. Alibaba devient moins une simple place de marché qu'une infrastructure complète pour les commerçants, les marques et les entrepreneurs.
Une fortune mondiale et une diversification tous azimuts
Au moment de l'annonce de son retrait, Jack Ma était la 19e fortune mondiale, avec un pactole personnel d'environ 40 milliards de dollars selon les classements financiers. Alibaba pesait environ 420 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street. Cette puissance financière s'est construite en moins de deux décennies, à partir d'une start-up lancée dans un appartement. Elle illustre l'ampleur de la transformation numérique chinoise et la place prise par les géants privés dans l'économie du pays.
En 2014, Jack Ma avait pris sa revanche sur les investisseurs américains qui l'avaient rejeté en 1999. Alibaba avait alors réalisé la plus grosse introduction boursière de l'Histoire à Wall Street, à 25 milliards de dollars. Ce moment a consacré la reconnaissance internationale du groupe et de son fondateur. Il a aussi donné à Jack Ma une stature mondiale, au-delà du seul marché chinois. Son parcours est souvent comparé à celui d'autres grands entrepreneurs technologiques, même si son style reste plus décontracté et volontiers provocateur.
Un style atypique
Très admiré de ses 86 000 employés, Jack Ma est souvent comparé au légendaire fondateur d'Apple, Steve Jobs, même si son style est plus relâché. Ses excentricités détonnent dans l'univers corseté des entrepreneurs chinois. En 2017, il s'était grimé en Michael Jackson pour esquisser une chorégraphie imitant le chanteur lors d'un gala. Cette capacité à mêler humour, spectacle et communication a contribué à construire une image publique singulière, très différente de celle des dirigeants traditionnels.
Derrière cette fantaisie apparente, Jack Ma a toujours cultivé une discipline de long terme. Il a préparé sa succession avec soin, déterminé à se retirer relativement tôt, à l'image de l'ancien patron de Microsoft Bill Gates, devenu philanthrope renommé. Son objectif est de veiller à ce que sa vision ne déraille pas après son départ. Il avait affirmé ses ambitions à long terme dans un mémo envoyé aux employés en 2014. Les 18 fondateurs d'Alibaba étaient déterminés à créer un groupe mondial d'origine chinoise, avec l'espoir qu'il deviendrait l'une des dix premières entreprises internet au monde.
Philanthropie et éducation
Jack Ma entend désormais se consacrer principalement à ses activités philanthropiques dans l'éducation. Cette orientation n'est pas une rupture totale avec son parcours : avant de devenir entrepreneur, il était professeur d'anglais. L'enseignement reste donc au cœur de son identité publique. Il a souvent expliqué que l'éducation devait évoluer pour préparer les jeunes générations à un monde transformé par internet, l'intelligence artificielle et les nouvelles formes de travail. Son engagement philanthropique s'inscrit dans cette conviction que la technologie doit être accompagnée de formation, d'adaptation et d'accès au savoir.
Son retrait de la présidence d'Alibaba ne signifie pas une disparition du paysage. Il conserve une influence considérable, à la fois comme fondateur, comme actionnaire et comme figure inspirante pour de nombreux entrepreneurs chinois. Mais il choisit de changer de rôle : après avoir piloté la diversification tous azimuts de son groupe, il souhaite consacrer son temps, son argent et son réseau à des causes éducatives. Cette transition rappelle que les grands fondateurs technologiques sont de plus en plus attendus sur les questions de philanthropie, de transmission et d'impact social.
Une humilité affichée
Malgré sa fortune, Jack Ma cultive une image d'homme resté proche de ses origines. Il se compare volontiers au héros candide du film Forrest Gump. « Je suis toujours le même type qu'il y a quinze ans, quand je gagnais 20 dollars par mois », affirme-t-il. Cette déclaration, répétée au fil des années, sert à souligner sa continuité personnelle malgré le changement d'échelle de sa vie. Elle montre aussi combien son récit personnel repose sur l'idée d'une ascension méritée, construite par l'obstination, la intuition et la capacité à apprendre des échecs.
Jack Ma incarne une génération d'entrepreneurs chinois qui ont grandi avec l'ouverture économique et l'essor d'internet. Son histoire personnelle, de l'enfant pauvre au milliardaire, est devenue un symbole. Elle est parfois racontée de manière hagiographique, mais elle garde une dimension universelle : celle d'un homme qui a transformé un manque de ressources initial en force de conviction. Son départ de la présidence d'Alibaba marque une étape, non une fin. Il avait lui-même résumé ce basculement en assurant qu'il ne s'agissait pas de la fin d'une époque, mais du début d'une ère. Il avait fixé un horizon de 102 ans, couvrant trois siècles distincts, pour l'entreprise qu'il avait contribué à créer.
Source:Le Quotidien News

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